Sign up with your email address to be the first to know about new products, VIP offers, blog features & more.

À toi, mon élève de 5

Oui. Bien des textes ont déjà été écrits sur le sujet, j’en conviens. Mais j’avais quand même envie d’y ajouter ma touche personnelle.

Je suis enseignante, et souvent je suis en secondaire 5. Par choix, un peu. Étant la dernière de département, je ne choisis pas mes groupes, mais j’ai de superbes collègues qui prennent en considération mes préférences même si elles n’ont pas à le faire.

Pourquoi j’aime le secondaire 5? J’aime leur maturité (et le fait qu’ils catchent la plupart de mes blagues (même les poches). Mais j’aime le défi qu’ils apportent. Presque adultes, ils ne sont pas si facilement impressionnables et de réussir à captiver leur attention pendant 10 mois peut parfois représenter tout qu’un défi professionnel. 

Mais au-delà de cela, ce que j’aime, c’est qu’en 1 an, on voit des ados devenir des adultes -ou presque. Leurs problèmes et préoccupations ressemblent davantage aux nôtres, ce qui embellit les conversations que nous pouvons avoir avec eux. On parle de job, d’amour, d’amitiés, de responsabilités, d’appart, de futur. 

J’aime que je puisse faire un unité de 12 heures sur les crimes sexuels sans voir un moindre sourire lorsque je prononce certains mots. J’aime que je puisse mettre des références à Star Wars dans tous mes examens de grammaire. J’aime pouvoir développer des conversations intelligentes sur les enjeux environnementaux, et leurs réponses me laissent croire qu’il y a de l’espoir. J’aime pouvoir les surnommer sweetie sans entendre un ouuuuuuuhhhh malaisant. 

Cette chance m’a été enlevée cette année. Je ne pourrai pas larmoyer en les voyant lancer leur mortier en juin. Je ne pourrai m’émerveiller devant la beauté des p’tits gars et des demoiselles lors du bal. Je ne pourrai leur envoyer un courriel encourageant la veille de l’examen ministériel pour lequel nous nous serions préparés pendant des jours. Je ne pourrai leur mettre sur leur bureau ma fameuse efface à message positif tel que je l’ai fait à la fin de chaque année où j’ai enseigné en secondaire 5.

Mais ça, c’est mon côté de la médaille. Je pourrai sans doute le faire l’an prochain, puisque je risque d’enseigner encore en secondaire 5. Mais eux… Ils ne pourront le vivre.

Ils ne vivront pas l’arrivée tant attendue, dans la salle des élèves, du fameux album des finissants. On ne pourra pas leur signer, ni rire des prix citrons. 

Ils ne vivront pas la collation des grades comme tous les autres; cela se fera sans doute une fois leur études supérieures débutées. Ils auront gradué, certes, mais sans the cérémonie. Pas qu’une toge soit bien confortable, mais normalement, on est ben content de la porter au moins 1 fois dans notre vie. 

Ils ne vivront pas leur bal au mois de Juin; ce bal si préparé, planifié… et attendu. En espérant que les robes fassent encore #confinementavecduchocolat

Ils ne verront pas leur local une dernière fois, quitte à y prendre des selfies de fou.

Ils ne mangeront pas une dernière fois à la caf.

Ils n’auront peut-être pas la chance de saluer une dernière fois un ami qui va étudier au loin.
Leur deuil est donc beaucoup plus grand que le mien. Sans le vouloir, certains ont été propulsés dans le monde adulte, travaillant présentement plus d’heures par semaine que moi. Certes, ils n’ont pas de charge familiale nécessairement, mais ils ont une grande responsabilité malgré le fait qu’ils soient, bien malgré eux, encore des enfants. (Bon ok, des ados debord).
Mon cher élève de secondaire 5, sache que tout est mis sur pause, mais rien n’est annulé. Ton bal, tu le vivras peut-être avec un manteau d’hiver accroché au vestiaire, mais tu le vivras. Tu le lanceras ton mortier bien mérité. On le signera, ton album. On ne sait pas quand, mais ça se produira; j’en suis certaine.
Sache que je -et probablement tous tes enseignants- suis fière de toi. Tu t’es rendu(e) jusqu’à la fin, même si cette fin est précipitée. Ton degré de motivation a dû diminuer lors des dernières semaines, mais tu as tenu le cap. 
Sache que je suis fière de t’avoir enseigné, même si le plus gros de mon enseignement approchait. Mes plus grands projets. Tes plus grands défis. Mais aussi, tes plus grandes fiertés, une fois le tout complété. Des fiertés, tu en vivras tout plein; j’en suis certaine. Bon, je suis même un peu convaincue que tu es content.e de ne pas avoir à écrire 2 autres feature articles mais c’est une autre histoire…
Sache que mon courriel sera fonctionnel pendant, et même après, la pandémie, et qu’un coucou de ta part me fera toujours chaud au coeur.
Mes élèves, je les aime. Ils me manquent, et j’espère de tout coeur qu’ils le savent. Sinon, ils n’ont qu’à consulter leur boîte de courriels; mes nombreux messages devraient en témoigner.

Un peu plus sur l’auteure

Marie Quirion

Bonjour! Alors…Marie Quirion, c’est qui? Eh bien voilà: je suis une enseignante d’anglais depuis 2008, mais qui enseigne également en entrepreneuriat, en citoyenneté numérique et média, et en ECR. À temps partiel, je peux également me qualifier d’infirmière, de psychologue, de cuisinière, de ménagère, de traductrice, de clown, de coiffeuse, de maquilleuse, de taxi driver, de coach… Je suis une femme occupée, ma foi! Mais le rôle qui me définit le plus, celui que je comble depuis début 2010, ne fait pas partie de la liste ci-dessus. Effectivement, j’ai “oublié” de mentionner que j’étais également la mère de trois bundles of joy: Félix (10 ans, 2010), Zoë (8 ans, 2011) et le p’tit dernier, mais non le moindre, Léo (7 ans, 2012), aussi appelé Nidas. Comme dans Léonidas, le roi Sparte. Vous savez, celui qui aimait se battre? Bien c’est lui. Mais on y reviendra, si vous le voulez bien! Heureusement, mon mari et moi formons une bonne équipe qui ne peut être abattue aussi facilement que les personnages dans 300… ! Alors voilà, je vous parlerai de sujets qui me tiennent à cœur, qui me passionnent, qui me choquent ou tout simplement qui me passent par la tête au moment où je suis assise pour écrire! Au plaisir de discuter avec vous!

Pour voir les autres articles de Marie c’est ICI!

Share this article

What do you think?

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

No Comments Yet.